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 L'abandon

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Ikari
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MessageSujet: L'abandon   Lun 17 Avr - 1:05


Sa lame trancha le vide, fendant l'air pour terminer sa course contre la terre alors qu'il reculait tout de suite après cet échec. Il tentait de survivre, vainement sûrement, pourtant il voulait y croire. Il allait survivre. Coûte que coûte. Il ne pouvait pas se laisser abattre tel un animal, un vulgaire monstre, il ne pouvait pas se laisser partir, il ne pouvait pas tomber, échouer là. Il ne voulait pas.

En lui se débattait moult émotions, comme des affamées elles se grimpaient dessus et son visage se tordait à la fois de colère, de tristesse, de regret, d'amertume et de défiance. Il voulait l'avoir, il devait l'avoir. Ne pas laisser cette chose en vie, puisque, s'il laissait cet être survivre, alors lui allait mourir.
Son souffle haletant se faisait plus court, son cœur tambourinait avec violence contre ses tempes, ses muscles en devenaient douloureux tant ils étaient tendus. Combattre pour sa survie. Comment avait-il pu en arriver là ? Il pouvait presque sentir les bras frêles et squelettiques de la Mort se glisser contre ses flancs pour se rejoindre sur son ventre, il pouvait presque sentir le poids léger de la faucheuse se presser contre son dos, comme le ferait une amante au sortir des draps. Un voile de sueur recouvrait son front et malgré la chaleur, malgré l'activité procurée par le combat, il avait froid. De ce froid étrange, perturbant, de ce froid déplaisant, s'insinuant sous la peau, glaçant jusqu'au plus profondes entrailles, glissant dans les veines. Il pouvait sentir tous les éléments de sa fin l'envelopper, l'enlacer dans une étreinte funeste.

Au début, il ne faisait que boire un verre, quelquefois son regard glissait sur les courbes généreuses de quelques serveuses ou bien de quelques clientes, il s'attardait sur les jambes, remontait sur le bas du dos et quand il y avait à son goût, il se laissait aller aux fantasmes, aux impuretés de son esprit. L'alcool glissait dans sa gorge, anesthésiant ses sens, brûlant sa gorge sans qu'il ne puisse plus rien sentir. Il se sentait comme dans un cocon, enveloppé d'une douce chaleur qui s'écoulait dans son bas ventre, tournoyait et pulsait dans ses veines. Il se sentait bien. Tellement bien. Ses muscles étaient détendus, enveloppé d'une douce et apaisante chaleur. Il pouvait aisément dire qu'il se trouvait au paradis.
Puis, soudain, tout vola en éclats. Tout ce confort. Tout ce cocon. Tout se brisa. Tout s'éclata. Elle détruisit son confort. Elle fit s'évanouir son monde si parfait.
Et ils en arrivèrent là. A ce monde si froid, si sombre, à ce contact perpétuel avec la mort.

De nouveau il s'avança, de nouveau sa lame trancha l'air mais cette fois-ci le fer rencontra le fer, le choc fit trembler sa lame, elle, elle ne broncha pas. Allait-il donc devoir abandonner sa vie ? Allait-il donc devoir s'évanouir, disparaître peu à peu dans l'esprit des autres ? Allait-il devenir une chimère, un être éphémère, oublié par tous ? Une perle humide roula sur sa joue. Dans son esprit les souvenirs heureux lui revenaient en mémoire. Son regard se brouilla, flou par les larmes s'échappant de ses yeux. Il pouvait voir sa femme, ses enfants, la chaleur de cette famille qu'il avait tant aimé. Pourtant il battait le fer, il ne pouvait se permettre de tel moment de relâchement. S'il voulait revoir ses fils, s'il voulait entrapercevoir de loin cette femme qui l'avait quitté mais qui faisait encore battre son cœur. Il ne voulait pas mourir, il souhaitait encore pouvoir rattraper sa vie d'antan, il avait encore ce pâle espoir auquel il se raccrochait.
Les tranchants s'émoussèrent alors qu'elle faisait remonter cette blanche épée contre sa propre lame ; le sang coula sur le sol, abreuvant la terre qui prit une teinte plus sombre, son cri s'étouffa dans gorge alors qu'il avait lâché son épée, portant sa seconde main au bras de la première, tenant la plaie béante, comme s'il espérait arrêter le sang en appuyant dessus.
Il se sentait pathétique. La peur le couvrait comme une mère, les tremblements le prenaient violemment, et son esprit s'enfuyait loin de lui, préférant se gorger et se cacher derrière un passé brisé. Des paroles suppliantes s'échappaient de ses lèvres sèches, s'embrouillant dans un sanglot parvenant à remonter le long de sa trachée. Son regard se releva, embrouillé, humide, cherchant une once de pitié dans celui de son adversaire, mais, il ne croisa dans l'oeil glacial du mercenaire que l'indifférence.
Puis l'abandon alourdit ses épaules, ses jambes se liquéfièrent, et son corps s'écroula brusquement sur le sol. Alors la douce caresse de la mort n'allait pas le quitter.

Dans un élan de lucidité, ses yeux se tournèrent vers le bar, il chercha du regard quelqu'un assez fou pour le sauver de cette épée aux gravures de fleurs, néanmoins, personne ne vint. Aucun client n'eut l'imprudence nécessaire pour affronter ce lys maudit. Tous fermèrent les yeux, tournèrent la tête, cachèrent les yeux du voisin, alors qu'elle se rapprochait de celui à terre. Il faisait si froid, il avait si peur, il ne voulait pas mourir. Il continuait à répéter cette phrase, mais déjà en lui les lueurs de l'espoir s’éteignirent.

Il l'avait rencontré à l'âge de vingt ans. Attirante et agréable, elle possédait ses boucles blondes qu'il aimait tant, ainsi que cette bonté naturelle qui la rendait si joyeuse et optimiste. Chaque fois qu'ils se voyaient elle lui offrait l'un de ses sourires si parfait, si chaleureux, si merveilleux. Chaque fois qu'il avait un problème il pouvait se tourner vers elle, et sans prononcer de jugement elle lui ouvrait sa porte, lui offrant le gîte. A la manière d'un rêve, ils s'étaient rapprochés, de nombreux souvenirs avaient vu le jour, tous plus rayonnant les uns que les autres. Il pouvait se souvenir de la fois au bord du lac de Tereldor, alors que, allongés dans l'herbe fraîche, ils observaient les vols des dragons, rêvant d'un jour avoir l'un de ces merveilleux êtres comme compagnon. Ce jour là ils avaient ri à gorge déployée, oubliant tous les problèmes du quotidien, se laissant porter par le son doux du clapotement de l'eau, par la caresse d'une brise capricieuse selon les vols des dragons. Il pouvait aussi se remémorer la nuit où il était rentré dans sa chambre sans même s'en rendre compte, la gêne adorable dont son visage aux cheveux fins s'était peigné, et lui, ses cabrioles et ses excuses fusant à tout va... Puis il pouvait se remettre en mémoire toutes les autres nuits où il n'était plus rentré comme clandestin, mais comme compagnon, comme fiancé puis enfin comme mari, toutes leurs nuits où il rentrait sur la pointe des pieds, rêvassant de son visage aux traits endormis pour finalement se rendre compte qu'elle l'attendait, malgré la fatigue, l'épuisement, elle l'attendait toujours, assise sur leur lit, à somnoler devant l'un de ses innombrables livres policiers. Puis au bout de quelques années, elle lui avait offert deux beaux cadeaux, deux beaux enfants, deux beaux garçons. Ils prenaient du temps en famille, pêche, balade en forêt, ils faisaient de son mieux pour que leur deux trésors ne manquent de rien, pour qu'ils puissent être heureux. Pourtant rapidement l'amour laissa place à trop de fatigue, trop de travail, les sorties en famille devinrent des rendez-vous professionnels pour toujours donner aux garçons, le manque de sommeil fit s'enchaîner les disputes, et rapidement lui comme elle termina dans la solitude, insatisfait. Puis elle le laissa là, s'évapora de sa vie, boucla ses affaires, ne lui laissant qu'un mot sur la table, lui permettant de voir leurs enfants quand ils le voulaient à condition qu'il ne vienne plus pour elle.
Pour oublier il avait couché à droite à gauche, cherchant la chaleur qu'il avait toujours connu avec celle qu'il aimait, mais chaque fois il ne pouvait que s'approcher de cette chaleur et tendre la main sans jamais l'atteindre. Les papiers du divorce, il les avait signé l'esprit loin, le regard mort, le teint livide. Il était parti vomir juste après, ne pouvant se résoudre à la quitter après tout ce temps.
Enfin, il se mit à traîner dans les bars, il se mit à espérer, à croire à des fantasmes improbables.

Pourtant, tout ceci allait bientôt se terminer. Son esprit se raccrochait aux souvenirs, à la peur de mourir, mais son cœur, dans les profondeurs, se sentit enfin soulager : tout allait s'évanouir, il n'allait plus avoir de tracas, et sans tout le stress, il allait pouvoir continuer à vivre la vie rêvée avec sa femme, il allait pouvoir, loin, très loin de la vie, continuer de l'aimer, d'aimer leurs jeunes fils, dans la maison de leur rêve. Dans son regard dansa une petite flamme, presque imperceptible, elle tourna sa lame, le tranchant menaçant de loin cette gorge offerte. Il ne pleurait plus, la peur s'était envolée et les draps sombres de la Mort avaient revêtue l'apparence de sa femme lorsqu'elle était encore jeune épouse, et lui même, alors que la lame entama sa course pour lui ôter la vie, il se vit comme celui qu'il était avant. Celui insouciant, jeune, avant le stress et l'angoisse. Un léger sourire fendit ses lèvres alors qu'elle lui trancha la tête. Les clients hoquetèrent d'effroi tandis qu'elle fit volte-face, ses talons dominant la terre, ses cheveux blancs faisant affront aux couleurs environnantes. Personne ne pouvait espérer lorsque le lys maudit devenait un obstacle.
Dans son dos, la guivre d'une blancheur éclatante se posa, ses yeux de sang se posant sur le cadavre de cette homme dont la mort avait été un baiser doux et aimant et non un baiser glacial et douloureux. La grande vouivre ouvrit la gueule, un sourire sarcastique étirant ses bouches de crocs.

-Alors comme ça, tu les rends heureux avant de les tuer... Zéro.

Son ton grave résonna dans sa puissante gorge, alors que son regard amusé s'était fixé sur cette jeune femme stoppée net dans ses pas.

-Non. Un contrat est un contrat, je devais le tuer, point.

Elle était plus froide que les terres gelées, plus glaciales que les dragons pouvant y vivre, plus tranchante que toutes ses armes réunies. Elle se remit en marche, sa cape la suivant dans un froissement alors qu'elle tournait le dos à l'homme. La vie n'était qu'un battement de cil. S'enfermer dans le passé revenait à creuser sa tomber, alors elle, elle avait décidé de ne jamais regarder en arrière, elle faisait son travail. Elle était mercenaire, elle n'était rien d'autre.

Le dragon blanc regarda un temps le mort avant de suivre son amie. La vie des Hommes était si courte, si fébrile. Un pauvre fil pouvant être coupée par un couteau à beurre. Pourtant, il ne pouvait pas laisser sa cavalière voir ce fil être coupé. Arashi laissa la mercenaire si réputée monter au commencement de ses ailes et il décolla vers les cieux. Leur vie était si courte et à la fois si intensive pour eux, mais au final, il allait être oublié, au fil du temps, et bientôt par rapport à la vie d'un dragon, plus personne n'allait se souvenir de cet être si complexe qu'avait été Roy Marcler, homme brisé, vivant dans le passé.
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